Café Panique, Roland Topor
Une fois n’est pas coutume, je voudrais vous faire partager une lecture. Il s’agit de Café Panique, de Roland Topor. Il s’agit d’un recueil de brèves de comptoir, de petites aventures anecdotiques mettant en scène Gros-Dodo, Attends-la-Suite, Sans-Moi ou Goûr-Bulgare, racontée par Verre-en-Main, Reg-au-Cœur, etc… pour ne citer qu’eux.
Ces 38 petites nouvelles (entre 1 et 5 pages) ont un délicieux goût de burlesque, et nous sont comptées dans un café, le Café Panique. C’est un de ces bistrots « pourri, comme les autres », dont la principale qualité « demeure sa position géographique privilégiée, c'est-à-dire à deux pas de chez moi ». On se laisse porter par ces récits, un verre de Saint-Emilion aux lèvres, sous une lumière dorée, entre les bruits de verre et de bouteille, avec les éclats de voix et de rires, et avant l’adition apportée par Deux-Minutes.
Ca fait sourire, on s’y sent bien, et ça donne envie. J’aime bien, je me croirais au Bourdelle (un bistrot parisien, rue Bourdelle à Montpar, que je vous recommande si vous avez aimé Café Panique). La narration est chaleureuse, on s’y croirait. Il y a une vraie proximitée dans le récit. On se sent accoudé au comptoir avec eux, à la même table, dévisageant les même visages. Les jeux de mots sont nombreux et subtiles (pas comme ceux d’aujourd’hui qui sont d’une médiocrité hallucinante et fourmillent de partout dans les publicités ou autre.).
J’ai dégotté une vieille édition du Seuil, de 82. Mais les pages vont dans tous les sens, et il en manque une trentaine ! Sur un bouquin de 150 pages, 30, ça fait beaucoup ! J’espère mettre la main sur une autre, une vraie. Merci au Seuil d’avoir publié un truc aussi mal imprimé et relié, ça fait plaisir.
Pour en revenir à Topor, il a été, avec Arrabal et Jodorowsky, un des instigateurs du Groupe Panique, au début des années 60. Difficile à définir…
« Je proclame dès maintenant que " panique " n’est ni un groupe ni un mouvement artistique ou littéraire ; il serait plutôt un style de vie. Ou plutôt, j’ignore ce que c’est. Je préférerais même appeler le panique un anti-mouvement qu’un mouvement. » Anti-définition panique, Fernando Arrabal, in Le Panique, 1973.
Panique peut être la provocation, la contestation des choses du réel, l’exubérance, « heurtant la raison et débloquant l’imaginaire ». C’est tout ça, et en même temps c’est l’inverse, car « être ça » serait le borner, le limiter, le déterminer.
Pour tenter d’en savoir plus sur le Groupe Panique: http://www.hermaphrodite.fr/article125.html .
A noter aussi que Topor a été l’auteur de la célèbre émission Téléchat, qui passait sur Antenne 2 au moment où ma génération regardait X-Or et Albator. Pour ceux à qui ça rappelle des souvenirs (et les autres, plus vieux ou plus jeunes) : http://www.planete-jeunesse.com/sources/series.php3?cle=171&sec=3 .